L’électrification de la flotte automobile d’entreprise bouleverse les processus RH autant que les pratiques opérationnelles. Véhicules de fonction électriques, politique de recharge sur site, gestion des inégalités entre salariés avec ou sans parking, traitement URSSAF des avantages liés à la recharge : autant de sujets que le DRH doit maîtriser pour accompagner la transition sans créer de friction sociale.
Ce guide couvre l’ensemble du spectre RH de l’électrification d’une flotte : du cadre réglementaire aux bonnes pratiques opérationnelles, en passant par les questions que vos salariés vont immanquablement poser.

Pourquoi l’électrification de la flotte est d’abord un enjeu RH
Les directions financières et techniques pilotent souvent les projets IRVE (Infrastructure de Recharge de Véhicules Électriques) comme des projets d’infrastructure. C’est une erreur fréquente. Les résistances les plus tenaces à la transition électrique viennent rarement du coût ou de la technique — elles viennent des salariés.
Une étude OpinionWay pour l’Avere-France publiée en 2025 révèle que 43 % des salariés équipés d’un véhicule de fonction expriment des réticences face au passage à l’électrique, principalement liées à l’anxiété d’autonomie et aux incertitudes sur la recharge. Ces réticences disparaissent dans 78 % des cas après 3 mois d’utilisation effective — mais le DRH doit gérer la transition, pas seulement l’après.
Par ailleurs, la question de l’équité entre salariés est un sujet sensible : un salarié qui dispose d’un parking et peut recharger gratuitement sur site bénéficie d’un avantage réel sur son collègue en immeuble collectif sans solution de recharge à domicile. Sans politique formalisée, ces situations génèrent des revendications et des contentieux.

Le véhicule de fonction électrique : cadre fiscal et social
Le véhicule de fonction électrique bénéficie d’un régime fiscal et social nettement plus favorable que son équivalent thermique. Comprendre ce régime est indispensable pour le DRH qui doit en expliquer les avantages aux salariés concernés et aux instances représentatives du personnel.
L’avantage en nature véhicule
Pour un véhicule de fonction mis à disposition permanente (domicile inclus), l’avantage en nature est soumis à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. Selon le barème de l’URSSAF, deux méthodes de calcul s’appliquent : la valeur réelle ou le forfait.
Pour les véhicules 100 % électriques, un abattement de 50 % s’applique sur la valeur forfaitaire calculée, dans la limite de 1 800 € par an. Concrètement, cela signifie qu’un véhicule électrique génère un avantage en nature environ deux fois moins élevé qu’un véhicule thermique de même valeur — une économie significative tant pour le salarié (impôt sur le revenu) que pour l’employeur (cotisations patronales).
Cet abattement est maintenu jusqu’au 31 décembre 2027 selon les dispositions de la loi LOM. Après cette date, un nouveau régime sera défini — l’incertitude sur ce point est un argument de plus pour accélérer la transition avant 2027.
La recharge sur le lieu de travail
La mise à disposition d’une borne de recharge sur le parking de l’entreprise pour la recharge du véhicule de fonction ne génère aucun avantage en nature supplémentaire selon la réglementation URSSAF en vigueur depuis mars 2025. L’électricité consommée est à la charge de l’entreprise sans impact social ni fiscal pour le salarié.
Cette règle s’applique que le véhicule soit le véhicule de fonction du salarié ou son véhicule personnel. La mise à disposition d’une borne sur le parking de l’entreprise est dans tous les cas exonérée de cotisations sociales — une position favorable que le législateur a choisi de maintenir pour encourager l’usage des véhicules électriques.
La borne installée au domicile du salarié
Lorsque l’entreprise finance l’installation d’une borne de recharge au domicile d’un salarié disposant d’un véhicule de fonction électrique, deux situations se présentent selon le devenir de la borne à la fin de la relation contractuelle :
- Borne restituée à la fin du contrat : les frais d’installation pris en charge par l’employeur ne constituent pas un avantage en nature. Zéro cotisations sociales, zéro imposition pour le salarié.
- Borne conservée par le salarié : les frais d’installation constituent un avantage en nature évalué au réel, soumis aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu de l’année d’attribution.
La bonne pratique : prévoir dès le départ dans le contrat de mise à disposition du véhicule que la borne à domicile est restituée en même temps que le véhicule. Cette clause protège l’entreprise et neutralise l’avantage en nature.
Le remboursement des frais de recharge à domicile
L’employeur peut prendre en charge tout ou partie des frais d’électricité engagés par le salarié pour recharger son véhicule de fonction à son domicile. Cette prise en charge bénéficie d’une exonération de cotisations sociales dans la limite d’un plafond défini par l’URSSAF, actualisé chaque année.
En 2026, ce plafond est fixé à 50 % du barème fiscal applicable aux frais de carburant, soit environ 25 à 35 € par mois selon la puissance du véhicule. Au-delà de ce plafond, le remboursement est soumis à cotisations. Pour la gestion opérationnelle, des outils de facturation dédiés permettent de mesurer précisément la consommation liée au véhicule de fonction et de calculer le remboursement au réel.

La politique de recharge salarié : ce qu’il faut formaliser
Dès lors qu’une entreprise installe des bornes de recharge sur son parking, elle doit définir une politique claire sur leur accès et leur usage par les salariés. Cette politique doit être formalisée dans le règlement intérieur ou une note de service, soumise le cas échéant aux instances représentatives du personnel (CSE).
Qui peut accéder aux bornes ?
Trois modèles coexistent selon le contexte de l’entreprise :
Accès libre pour tous les salariés : toute personne ayant un véhicule électrique peut recharger sur le parking. Simple à gérer, mais potentiellement inéquitable si le nombre de bornes est inférieur au nombre de véhicules électriques. Peut créer des conflits d’occupation en cas de forte demande.
Accès prioritaire pour les véhicules de fonction électriques : les conducteurs de véhicules de fonction ont la priorité sur les bornes. Les salariés avec véhicule personnel électrique peuvent recharger sur les créneaux disponibles. Adapté aux parcs mixtes en transition.
Système de réservation : les bornes sont réservables via une application ou un système de planning. Garantit l’équité et maximise le taux d’utilisation des bornes. Nécessite un système de supervision avec fonction de réservation.
Gratuit ou facturation des salariés ?
L’entreprise peut choisir de mettre la recharge à disposition gratuitement ou de refacturer l’électricité consommée. Les deux approches sont légalement valides. La facturation est de plus en plus pratiquée pour les raisons suivantes :
- Équité vis-à-vis des salariés utilisant des véhicules thermiques qui, eux, paient leur carburant
- Maîtrise des coûts énergétiques à mesure que le parc électrique croît
- Transparence et absence d’ambiguïté sur le caractère non-avantage en nature de la mise à disposition
Si l’entreprise décide de facturer, le tarif appliqué doit correspondre au coût réel de l’électricité — l’entreprise ne peut pas réaliser de bénéfice sur la refacturation aux salariés. Les bornes avec compteur certifié MID permettent une mesure précise de la consommation par session et par utilisateur, indispensable pour une facturation légalement opposable.
Les points à inclure dans la note de service
- Les conditions d’éligibilité à l’accès aux bornes (véhicule de fonction, véhicule personnel, les deux)
- Le mode d’accès (badge RFID, application, accès libre)
- Les créneaux horaires autorisés si restriction
- Le système de tarification ou la gratuité explicitement mentionnée
- La durée maximale de stationnement après la fin de charge
- La procédure en cas de panne ou de borne occupée
- Les sanctions applicables en cas d’usage abusif ou de « ICEing » (occupation d’une place de recharge par un véhicule thermique)
Gérer les situations particulières : les cas que le DRH doit anticiper
Le salarié en immeuble collectif sans parking
C’est la situation la plus délicate. Un salarié qui ne dispose pas de place de parking individuelle ne peut pas installer de borne à domicile sans l’accord de sa copropriété. Le « droit à la prise » prévu par la loi ELAN lui permet de déposer une demande auprès du syndic, mais la procédure est longue (assemblée générale, devis, délais administratifs) et les résultats incertains.
Solutions alternatives que l’entreprise peut proposer :
- Partenariat avec un opérateur de bornes publiques à proximité du domicile du salarié, avec remboursement des frais de recharge
- Recharge exclusive sur le parking de l’entreprise, en aménageant les horaires pour permettre une recharge complète sur la journée de travail
- Maintien d’un véhicule thermique pour les salariés dont la situation de logement ne permet pas la recharge à domicile, jusqu’à résolution de la situation
Le commercial itinérant avec peu de temps sur site
Un commercial qui passe 80 % de son temps en déplacement et ne revient au bureau que 2 à 3 fois par semaine ne peut pas compter uniquement sur la recharge au parking de l’entreprise. Pour ce profil, la solution passe par :
- Une borne à domicile financée par l’entreprise (avec clause de restitution)
- Un abonnement à un réseau de recharge public pour les trajets longue distance
- Un véhicule sélectionné pour son autonomie réelle (400 km minimum en usage mixte)
Le salarié en télétravail majoritaire
Le salarié qui travaille à domicile 3 à 4 jours par semaine utilise davantage son véhicule pour des déplacements personnels que pour des trajets domicile-travail. La recharge sur le parking de l’entreprise ne couvre pas ses besoins. Le remboursement forfaitaire des frais de recharge à domicile dans le cadre du barème URSSAF est ici la solution la plus adaptée.
La transition : comment accompagner le changement
La formation des conducteurs
L’anxiété d’autonomie est la principale résistance des conducteurs habitués aux véhicules thermiques. Elle est empirique — elle disparaît rapidement après quelques semaines d’usage — mais elle doit être traitée par la formation avant la prise de possession du véhicule.
Un programme de formation efficace couvre trois dimensions : technique (comprendre l’autonomie réelle, planifier les trajets longue distance, utiliser les apps de localisation de bornes), comportementale (adapter son style de conduite pour optimiser l’autonomie, gérer la recharge au quotidien), et psychologique (dépasser l’anxiété d’autonomie avec des données concrètes sur son propre usage).
Des prestataires spécialisés proposent des formations d’une journée incluant une prise en main du véhicule et un accompagnement sur les premiers jours d’utilisation. Le ROI est démontrable : les salariés formés génèrent 60 % moins de retours négatifs sur l’expérience véhicule électrique selon les données constructeurs.
La communication interne
La transition vers le véhicule électrique doit être présentée dans le cadre de la stratégie RSE de l’entreprise, pas comme une contrainte imposée. Les arguments qui portent auprès des salariés : économies sur le carburant (le coût de l’électricité au kilomètre est 3 à 4 fois inférieur au carburant), confort de conduite supérieur, fiscalité favorable sur l’avantage en nature.
La communication doit également être honnête sur les contraintes : l’autonomie réduite en hiver, la nécessité de planifier les trajets longue distance, le temps de recharge supérieur à un plein de carburant. Les salariés qui découvrent ces contraintes après la prise de possession vivent une déception plus forte que ceux qui ont été préparés.
La gestion des incidents
La politique de recharge doit prévoir une procédure en cas d’incidents courants : panne de borne, salarié qui oublie de débrancher son véhicule, occupation abusive de places de recharge. Ces situations doivent être gérées par une procédure claire et connue de tous, pas au cas par cas par le management de proximité.
Un système de supervision IRVE avec alertes automatiques en cas de panne, et une application mobile permettant aux salariés de voir en temps réel l’état des bornes, réduit considérablement la charge de gestion du responsable des installations.
L’IRVE comme levier d’attractivité employeur
Une étude récente de l’Avere-France indique que 67 % des salariés possédant un véhicule électrique considèrent la présence de bornes de recharge sur le parking de l’entreprise comme un critère de choix d’un employeur. Pour les cadres de 30-45 ans — segment le plus recherché sur le marché de l’emploi — ce taux monte à 74 %.
Pour une entreprise qui doit de toute façon équiper son parking dans le cadre de ses obligations légales au titre de la loi LOM et du décret IRVE 2023, le coût marginal d’ouvrir l’accès aux salariés avec leurs véhicules personnels est quasi nul. La valeur perçue par le salarié, en revanche, est significative : une économie de 80 à 150 € par mois sur sa facture d’électricité personnelle, soit 1 000 à 1 800 € d’avantage annuel non soumis à cotisations.
Ce levier est sous-exploité dans la grande majorité des entreprises qui ont déjà installé des bornes. L’intégrer dans la communication marque employeur et dans les offres d’emploi représente un avantage différenciant à coût zéro.
Checklist DRH : les actions prioritaires
- Auditer la composition actuelle de la flotte (thermique, hybride, électrique) et les profils de conducteurs
- Définir la politique de recharge salarié et la formaliser dans le règlement intérieur
- Vérifier le traitement URSSAF des avantages liés aux véhicules et à la recharge avec votre service paie
- Planifier la formation des conducteurs avant la livraison des premiers véhicules électriques
- Informer le CSE des changements de conditions de travail liés à l’électrification
- Mettre à jour les contrats de mise à disposition de véhicules pour intégrer les clauses borne à domicile
- Inclure l’argument « bornes de recharge sur site » dans la communication marque employeur
Pour financer votre infrastructure de recharge dans les meilleures conditions, consultez notre guide complet des aides financières IRVE 2026, qui détaille comment cumuler Advenir, crédit d’impôt et aides régionales pour réduire votre reste à charge jusqu’à 64 %.
Le plan de mobilité employeur (PDMe) : l’outil structurant pour la transition
La transition vers une flotte électrique ne devrait pas être gérée au fil de l’eau, véhicule par véhicule, au gré des renouvellements. Elle gagne à être structurée dans un Plan de Mobilité Employeur (PDMe) formalisé, qui devient un document de référence pour toutes les décisions liées à la mobilité de l’entreprise sur les 3 à 5 prochaines années.
Le PDMe est obligatoire pour les entreprises de 50 salariés et plus sur un même site, dans le cadre de la NAO sur les mobilités (loi LOM). Mais au-delà de l’obligation, c’est un outil de gestion utile même pour les structures plus petites, car il force à prendre des décisions en amont plutôt que de réagir aux urgences.
Un PDMe complet pour la transition électrique comprend au minimum :
- Le diagnostic de flotte : inventaire de tous les véhicules par catégorie, classification Crit’Air, âge, kilométrage annuel, usage dominant (urbain, inter-urbain, mixte), et date de fin de contrat ou d’amortissement. Ce diagnostic permet d’identifier les véhicules à risque en ZFE-m et ceux dont le renouvellement est imminent.
- La cartographie des usages : qui utilise quel véhicule, pour quels types de missions, avec quels profils de trajets quotidiens ? Cette analyse révèle les véhicules pour lesquels le passage à l’électrique est immédiatement faisable (usage urbain, recharge sur site suffisante) et ceux qui nécessitent une réflexion plus approfondie (grands itinérants, zones rurales sans infrastructure de recharge publique).
- Le plan de renouvellement sur 3-5 ans : calendrier de remplacement des véhicules thermiques par des électriques ou hybrides rechargeables, par priorité (risque ZFE-m, fin de contrat imminent, fort kilométrage = économies importantes). Ce plan doit être réaliste : remplacer 100 % de la flotte en 2 ans n’est généralement pas souhaitable pour des raisons de trésorerie et d’acculturation des équipes.
- Le dimensionnement de l’infrastructure IRVE : basé sur le plan de renouvellement, le nombre de bornes nécessaires par an, la puissance requise et les délais de mise en œuvre. Ce chiffrage alimentera directement les dossiers Advenir et les demandes de financement.
- Le budget prévisionnel : coûts d’investissement IRVE, coûts des nouvelles mesures de flotte électrique, économies sur carburant et entretien, impact sur la fiscalité et les charges sociales. Le PDMe doit montrer que la transition a un ROI positif sur 3 à 5 ans.
Les leviers pour accélérer l’adoption des VE par les conducteurs
La meilleure infrastructure IRVE du monde ne sert à rien si les conducteurs ne veulent pas utiliser les véhicules électriques mis à leur disposition. Au-delà de la communication interne évoquée plus haut, plusieurs leviers pratiques ont fait leurs preuves pour accélérer l’adoption.
Le programme de test long (une semaine, pas une journée). Une journée de test ne suffit pas à dissiper l’anxiété d’autonomie — le conducteur passe sa journée à surveiller l’indicateur de charge. Une semaine de test, avec recharge chaque soir sur une borne dédiée, permet d’intérioriser la logique « on branche le soir comme on branche son téléphone, et le matin c’est plein ». C’est le facteur de conversion le plus efficace identifié par les gestionnaires de flotte les plus avancés dans la transition.
L’accompagnement personnalisé des premiers utilisateurs. Les premiers conducteurs qui passent à l’électrique dans une entreprise deviennent des « ambassadeurs » ou des « repoussoirs » selon la qualité de leur expérience initiale. Un accompagnement individuel pendant les deux premières semaines (tutoriel borne, réponse aux questions pratiques, check de l’autonomie disponible pour leurs trajets habituels) convertit 9 conducteurs sur 10 en défenseurs enthousiastes du VE.
La transparence sur les économies personnelles réalisées. Les salariés sous-estiment systématiquement l’impact financier du passage au VE sur leur situation personnelle. Un tableau de bord individuel montrant les économies réalisées par rapport à l’essence (coût de recharge vs coût de carburant pour les mêmes kilomètres) est l’argument le plus percutant pour l’adoption durable.
Contactez nos équipes pour un accompagnement sur mesure : audit de vos obligations réglementaires, dimensionnement de l’infrastructure de recharge, et mise en place de votre politique de recharge salarié.