Amortissement véhicule électrique en entreprise : plafonds, durée et règles 2026

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L’amortissement d’un véhicule électrique en entreprise suit des règles fiscales spécifiques qui diffèrent sensiblement de celles applicables aux véhicules thermiques. En 2026, les plafonds de déductibilité sont particulièrement favorables aux flottes électriques, ce qui en fait un levier comptable sous-utilisé par de nombreuses PME et ETI françaises. Ce guide détaille les mécanismes applicables, les plafonds en vigueur et les points de vigilance à connaître avant d’inscrire un véhicule électrique à l’actif de votre entreprise.

Le cadre général de l’amortissement des véhicules de tourisme

En droit fiscal français, les véhicules de tourisme font l’objet d’un traitement particulier par rapport au matériel industriel classique. L’article 39-4 du Code général des impôts prévoit un plafond de déductibilité fiscale sur la base amortissable : seule la fraction du prix d’acquisition inférieure ou égale à ce plafond est fiscalement déductible. La fraction excédentaire est réintégrée au résultat imposable chaque année, sous forme de réintégration fiscale.

Ce mécanisme s’applique à tous les véhicules de tourisme immatriculés dans la catégorie M1 (voitures particulières), qu’ils soient achetés ou pris en location longue durée. Pour les véhicules utilitaires (catégorie N1 comme les camionnettes et fourgons) dont la mention « CTTE » ou « DERIV VP » n’apparaît pas sur la carte grise, ce plafond ne s’applique pas : l’intégralité du prix d’achat est amortissable sans restriction.

La durée d’amortissement comptable retenue en pratique pour les véhicules de tourisme est généralement de 5 ans, selon le mode linéaire. Certaines entreprises optent pour le dégressif, mais cette méthode est moins couramment utilisée pour les voitures. La durée peut être réduite à 4 ans si l’usage intensif du véhicule le justifie, sous réserve d’une justification documentée.

Plafonds d’amortissement en 2026 : l’avantage décisif des véhicules électriques

Le plafond de déductibilité fiscale applicable aux véhicules de tourisme est modulé en fonction du taux d’émissions de CO₂ du véhicule, exprimé en grammes par kilomètre selon le cycle WLTP. Cette graduation a été progressivement renforcée pour inciter les entreprises à opter pour des véhicules plus propres.

Pour les exercices ouverts en 2026, les plafonds applicables sont les suivants :

  • Véhicules 100 % électriques (0g CO₂/km) : plafond à 30 000 € TTC : le plus favorable du barème
  • Hybrides rechargeables (1 à 50g CO₂/km) : plafond à 20 300 € TTC
  • Véhicules thermiques modernes (51 à 130g CO₂/km) : plafond à 18 300 € TTC
  • Véhicules thermiques anciens (au-delà de 130g CO₂/km) : plafond à 9 900 € TTC

Ces plafonds s’appliquent au prix TTC d’acquisition du véhicule pour les entreprises soumises à l’IS ou à l’IR dans la catégorie BIC. Une Tesla Model 3 acquise 42 000 € TTC sera donc intégralement déductible sur sa base amortissable, puisque son prix reste inférieur au plafond de 30 000 €. À l’inverse, une berline électrique premium à 65 000 € ne sera déductible qu’à hauteur de 30 000 €, et les 35 000 € restants feront l’objet d’une réintégration fiscale annuelle.

Personne au volant d'un véhicule électrique d'entreprise déduction fiscale
Photo : Unsplash

Comment calculer concrètement la réintégration fiscale

La réintégration fiscale annuelle se calcule selon la formule suivante : (Prix TTC du véhicule – Plafond applicable) / Durée d’amortissement. Cette somme vient s’ajouter chaque année au résultat fiscal imposable, sans affecter le résultat comptable.

Prenons l’exemple d’un véhicule électrique acheté 48 000 € TTC, amorti sur 5 ans en linéaire :

  • Amortissement comptable annuel : 48 000 / 5 = 9 600 €
  • Base fiscalement déductible : 30 000 €
  • Base non déductible : 48 000 – 30 000 = 18 000 €
  • Réintégration fiscale annuelle : 18 000 / 5 = 3 600 € par an

En pratique, votre expert-comptable mentionne cette réintégration dans le tableau des amortissements non déductibles (imprimé fiscal 2058-A pour les entreprises soumises à l’IS). Il est important de documenter cette opération dès l’acquisition du véhicule pour éviter tout redressement en cas de contrôle fiscal.

À noter : pour les véhicules pris en location longue durée (LLD) ou en crédit-bail, le mécanisme est similaire mais s’applique aux loyers plutôt qu’aux annuités d’amortissement. La fraction de chaque loyer correspondant à l’amortissement théorique du véhicule est soumise au même plafonnement. L’administration fiscale a précisé les modalités de calcul dans ses instructions applicables aux LLD de véhicules.

Amortissement de la batterie : un traitement comptable distinct possible

La batterie d’un véhicule électrique représente en général 30 à 40 % du prix total du véhicule. Dans certains cas, notamment lorsque la batterie est acquise séparément (location de batterie comme sur certains anciens modèles Renault Zoé ou sur certains véhicules utilitaires électriques), il est possible de la traiter comme un composant distinct, amortissable sur une durée propre.

Lorsque la batterie est incluse dans le prix d’acquisition global du véhicule, elle fait partie de la même immobilisation et suit le même plan d’amortissement. En revanche, si des données techniques précises permettent d’identifier la valeur et la durée de vie économique de la batterie comme distinctes du reste du véhicule, l’approche par composants prévue par le Plan Comptable Général peut s’appliquer.

En pratique, pour la majorité des véhicules électriques d’entreprise achetés en 2024-2026 avec batterie intégrée au prix, un amortissement global sur 5 ans reste la norme. La décomposition en composants reste une option pour les flottes importantes où l’optimisation comptable justifie le suivi analytique supplémentaire.

Véhicule électrique en ville plan d'amortissement entreprise
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Points de vigilance et erreurs courantes

Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans le traitement fiscal des véhicules électriques d’entreprise :

  • Confondre prix HT et prix TTC dans le calcul du plafond : le plafond s’applique au prix TTC, pas au prix HT. Pour un véhicule facturé 37 190 € HT (soit 44 628 € TTC avec TVA à 20 %), c’est le prix TTC qui est comparé au plafond de 30 000 €, et non le prix HT.
  • Oublier les accessoires intégrés au coût de revient : le câble de recharge fourni avec le véhicule, le chargeur embarqué de série, et les équipements optionnels livrés avec le véhicule font partie du prix d’acquisition à retenir pour l’amortissement.
  • Traiter le bonus écologique comme un produit taxable immédiat : le bonus reçu de l’État vient en déduction du prix d’acquisition pour le calcul de l’amortissement. Un VE acheté 38 000 € avec un bonus de 4 000 € a une base amortissable nette de 34 000 €.
  • Appliquer le même traitement aux véhicules « dérivés VP » : un utilitaire électrique type « DERIV VP » peut bénéficier d’un traitement différent si sa carte grise mentionne un usage utilitaire. Vérifiez la catégorie exacte auprès de votre comptable.
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Couplage avec le crédit d’impôt pour borne de recharge

L’amortissement du véhicule électrique ne doit pas être envisagé isolément. Il s’articule avec d’autres dispositifs fiscaux qui rendent l’investissement global encore plus favorable. Le coût d’installation d’une borne de recharge IRVE sur le site de l’entreprise est lui-même amortissable, avec une déductibilité intégrale puisqu’il s’agit d’une installation industrielle et non d’un véhicule de tourisme.

Des aides financières comme le programme Advenir peuvent couvrir jusqu’à 50 % du coût d’installation des bornes pour les entreprises. Ces aides viennent en déduction du prix de revient de l’immobilisation, réduisant d’autant la base amortissable de la borne.

Pour aller plus loin dans l’optimisation de la fiscalité de votre flotte électrique, le traitement des avantages en nature liés à la mise à disposition d’une borne de recharge au domicile du salarié offre également des leviers intéressants. L’articulation entre amortissement du véhicule, déductibilité des frais de recharge et optimisation de l’avantage en nature constitue une approche globale que tout gestionnaire de flotte devrait documenter avec son expert-comptable.

Pour les véhicules de tourisme (catégorie M1), la TVA sur le prix d’achat n’est pas récupérable pour la quasi-totalité des entreprises. Cette règle s’applique indépendamment du type de motorisation : thermique, hybride ou électrique. C’est une règle générale du droit fiscal français qui ne souffre que de rares exceptions (véhicules utilisés pour une activité de transport de personnes comme les taxis ou VTC, entreprises d’auto-école, etc.).

En revanche, la TVA sur les frais d’utilisation du véhicule, notamment la recharge électrique, peut être récupérée sous certaines conditions. La fiscalité des véhicules électriques en entreprise prévoit des règles avantageuses pour les frais d’exploitation qui compensent partiellement la non-récupération de la TVA sur l’achat.

Pour les véhicules utilitaires électriques (camionnettes, fourgons, etc.), la situation est radicalement différente : la TVA sur l’acquisition est intégralement récupérable, et il n’existe pas de plafond d’amortissement. C’est un argument fort pour orienter certains postes de flotte vers des utilitaires légers électriques, notamment pour des activités de livraison ou d’intervention.

Le traitement de l’amortissement d’un véhicule électrique varie selon la forme juridique de l’entreprise. Pour les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés (SA, SAS, SARL), les règles décrites s’appliquent directement. Pour les entreprises individuelles relevant des BIC (Bénéfices Industriels et Commerciaux), le mécanisme est identique sur le fond mais s’inscrit dans la liasse fiscale personnelle du dirigeant. Les professions libérales relevant des BNC (Bénéfices Non Commerciaux) bénéficient également du plafonnement spécifique pour les véhicules électriques, bien que les modalités de déclaration diffèrent.

Pour les micro-entreprises, la question ne se pose pas dans les mêmes termes : les charges ne sont pas déduites individuellement mais via un abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaires. L’acquisition d’un véhicule électrique n’offre donc pas d’avantage fiscal direct à ce niveau, et la transition vers un régime réel simplifié peut être envisagée si la flotte véhicule représente un poste important.

Les sociétés holdings qui mettent des véhicules à disposition de leurs filiales doivent être vigilantes sur le traitement de la mise à disposition : si le véhicule est inscrit à l’actif de la holding et mis à disposition d’une filiale, la refacturation doit être documentée pour éviter un redressement pour acte anormal de gestion.

Certaines entreprises ne savent pas qu’elles peuvent opter pour un amortissement dégressif sur les véhicules électriques. Cette méthode, bien que moins couramment utilisée que le linéaire pour les véhicules de tourisme, permet de déduire une part plus importante du coût dans les premières années, améliorant la trésorerie à court terme. Sur 5 ans avec un coefficient dégressif de 1,75, la première annuité représente environ 35 % du montant amortissable, contre 20 % en linéaire.

L’amortissement dégressif est particulièrement pertinent pour les entreprises qui anticipent une forte croissance de leur résultat imposable dans les premières années suivant l’acquisition, et qui souhaitent lisser leur charge fiscale. Il requiert une documentation comptable rigoureuse et doit être appliqué de façon cohérente sur l’ensemble des véhicules de la même catégorie.

Le choix entre linéaire et dégressif doit être arrêté dès la première dotation et ne peut pas être modifié en cours d’amortissement. Une fois opté, le plan d’amortissement est opposable à l’administration fiscale en cas de contrôle, à condition qu’il soit documenté dans les annexes aux comptes annuels.

Pour sécuriser le traitement fiscal de votre flotte électrique, plusieurs bonnes pratiques s’imposent. D’abord, conservez toutes les factures d’achat avec la mention explicite du prix TTC, de la marque, du modèle et du taux d’émissions CO₂ WLTP du véhicule. Ces informations sont nécessaires pour justifier l’application du plafond approprié.

Ensuite, documentez systématiquement l’utilisation des véhicules : carnets de bord, systèmes de géolocalisation, relevés kilométriques mensuels. Un véhicule présenté comme véhicule de fonction doit pouvoir justifier un usage professionnel prépondérant. L’administration fiscale peut demander ces justificatifs en cas de contrôle.

Enfin, tenez à jour un tableau de suivi des réintégrations fiscales par véhicule et par exercice. Ce tableau, annexé à la liasse fiscale, permet de démontrer la correcte application du plafonnement et d’éviter tout redressement. Pour vous accompagner dans la mise en conformité fiscale de votre flotte électrique et le dimensionnement de l’infrastructure de recharge associée, contactez notre équipe.

Pour tout projet d’électrification de flotte avec intégration d’une infrastructure de recharge sur site, contactez notre équipe pour une étude personnalisée de votre situation.