Courant alternatif ou courant continu ? La distinction AC/DC est l’une des décisions techniques les plus importantes d’un projet IRVE en entreprise. Elle détermine directement la vitesse de recharge, le coût d’installation, les exigences sur votre installation électrique et la compatibilité avec votre parc de véhicules. Pourtant, cette décision est souvent mal documentée dans les projets d’entreprise, faute d’explications accessibles aux décideurs non-techniciens.
Ce guide démystifie la différence AC/DC et vous donne les clés pour faire le bon choix selon votre contexte.

La physique en deux minutes : AC, DC, et le rôle du chargeur embarqué
Le réseau électrique distribue du courant alternatif (AC). La batterie d’un véhicule électrique stocke du courant continu (DC). Pour recharger la batterie depuis le réseau, une conversion AC/DC est nécessaire. La question est : où cette conversion se produit-elle ?
En recharge AC, la conversion est assurée par le chargeur embarqué du véhicule — un convertisseur intégré dans la voiture elle-même. La borne ne fait que délivrer du courant alternatif au véhicule, qui se charge à sa propre vitesse maximale. La borne est simple et peu coûteuse, mais la vitesse de recharge est plafonnée par le chargeur embarqué du véhicule.
En recharge DC, la conversion est assurée par la borne elle-même — un convertisseur puissant intégré dans l’équipement. La borne injecte directement du courant continu dans la batterie, contournant le chargeur embarqué. La vitesse de recharge peut être beaucoup plus élevée, mais la borne est nettement plus complexe et coûteuse.
Cette distinction fondamentale explique pourquoi une borne DC de 50 kW peut recharger un véhicule en 30 minutes alors qu’une borne AC de 22 kW prend 2 à 3 heures sur le même véhicule, même si les puissances nominales pourraient sembler comparables.

La recharge AC en entreprise : le standard justifié
La recharge AC est le standard universel pour les parkings d’entreprise, pour des raisons techniques et économiques solides.
Les puissances disponibles et ce qu’elles signifient concrètement
En courant alternatif, trois niveaux de puissance sont pertinents pour les entreprises :
- 7,4 kW (monophasé 32A) : le minimum légal depuis le décret IRVE 2023. Permet de récupérer 40 à 50 km d’autonomie par heure de recharge. Sur une journée de travail de 8 heures, un véhicule peut récupérer 320 à 400 km d’autonomie — largement supérieur aux besoins quotidiens de 95 % des conducteurs professionnels.
- 11 kW (triphasé 16A) : un standard intermédiaire adopté par de nombreux constructeurs (Tesla Model 3 et Y, BMW i4, Hyundai Ioniq 5, Kia EV6). Permet une recharge complète en 5 à 7 heures selon la capacité de la batterie.
- 22 kW (triphasé 32A) : la puissance maximale disponible en AC sur les bornes professionnelles standard. Recharge complète en 2 à 4 heures pour les véhicules compatibles. Exige un raccordement triphasé et une installation électrique appropriée.
Rappel important : la vitesse de recharge effective est toujours limitée par le minimum entre la puissance de la borne et la capacité du chargeur embarqué du véhicule. Une borne 22 kW ne rechargera pas plus vite qu’une borne 11 kW sur un véhicule dont le chargeur embarqué est plafonné à 11 kW.
Pourquoi AC convient à la quasi-totalité des parkings d’entreprise
Un parking de bureau présente une caractéristique unique qui le différencie de tous les autres cas d’usage de la recharge : les véhicules y stationnent pendant des durées très longues (6 à 9 heures en moyenne) et ont donc tout le temps de se recharger complètement en AC, même à 7,4 kW.
Prenons un exemple concret : un salarié arrive le matin avec 20 % de batterie (soit environ 60 km restants sur un véhicule de 300 km d’autonomie). En 8 heures à 7,4 kW, il récupère environ 350 km d’autonomie — soit bien plus que la capacité totale de la batterie. Il repart avec 100 % de charge quelle que soit l’heure à laquelle il a branché son véhicule.
Ce scénario s’applique à la grande majorité des usages professionnels. Il représente l’argument principal pour choisir la recharge AC sur les parkings de bureaux, d’entrepôts, ou de tout site avec des véhicules stationnant plusieurs heures.
L’éligibilité aux aides
Les bornes AC sont éligibles à l’ensemble des aides disponibles : programme Advenir (jusqu’à 1 300 € par point de charge pour les parkings salariés), aides régionales complémentaires, amortissement accéléré, crédit d’impôt PME. Les bornes DC au-dessus de 22 kW bénéficient d’un régime Advenir différent et moins favorable pour les parkings privés d’entreprise.

La recharge DC en entreprise : quand c’est justifié
La recharge DC (courant continu) est souvent présentée comme « la recharge rapide ». Cette définition est juste mais insuffisante pour guider une décision d’entreprise. La vraie question n’est pas « est-ce rapide ? » mais « ai-je besoin de cette rapidité, et à quel coût ? »
Ce que la recharge DC apporte réellement
Une borne DC de 50 kW permet de délivrer 50 km d’autonomie en environ 6 minutes pour les véhicules compatibles. Une borne DC de 150 kW permet de passer de 20 % à 80 % de charge en 15 à 25 minutes sur les véhicules de haute puissance (Tesla Model S/X, Audi e-tron GT, Porsche Taycan).
La recharge DC contourne les limites du chargeur embarqué en injectant directement le courant dans la batterie, selon les capacités de la batterie et les protocoles de recharge du véhicule (CHAdeMO pour les Nissan, CCS Combo 2 pour la plupart des véhicules européens).
Les cas d’usage professionnels où DC est pertinent
Flotte de véhicules commerciaux à haute rotation : des commerciaux qui partent en tournée le matin, reviennent à midi 2 heures, repartent l’après-midi et rentrent le soir ne peuvent pas se contenter de la recharge AC. Une borne DC de 50 kW permet une recharge de 20 % à 80 % en 30 à 40 minutes — suffisant pour couvrir l’après-midi.
Dépôts de véhicules utilitaires : les fourgons électriques (Renault Master E-Tech, Peugeot e-Expert, Mercedes eSprinter) acceptent des puissances de recharge DC de 50 à 150 kW selon les modèles. Pour une flotte de livraison avec des rotations quotidiennes, la recharge DC de nuit permet une gestion optimisée du parc.
Stations de transit pour flottes longue distance : des commerciaux itinérants qui font des trajets de 200 à 400 km par jour ont besoin de recharges intermédiaires rapides en déplacement. Si l’entreprise dispose d’un hub régional, une borne DC permet une recharge de transit en 20 à 30 minutes.
Parking ouvert au public avec fort achalandage : un centre commercial ou un hôtel qui souhaite proposer une recharge rapide à ses clients (parking d’1 à 2 heures) a besoin de bornes DC. Les bornes AC ne permettent pas une recharge significative sur ce type de durée de stationnement.
Quand DC n’est pas justifié
La recharge DC n’est pas pertinente pour les parkings de bureaux avec des véhicules stationnant plus de 4 heures. Elle n’est pas non plus justifiée pour des flottes composées de véhicules dont la batterie est limitée en DC (nombreux hybrides rechargeables, véhicules d’entrée de gamme) ou pour des budgets limités qui seraient mieux utilisés en multipliant les points de charge AC.
Les contraintes d’installation DC : ce que personne ne vous dit
Les plaquettes commerciales des bornes DC mettent en avant la vitesse de recharge. Elles mentionnent rarement les contraintes d’installation qui accompagnent ces équipements.
Le raccordement électrique
Une borne DC de 50 kW consomme autant qu’une cinquantaine de foyers. Au-delà de 100 kW, un raccordement en haute tension HTA est nécessaire, avec un poste de transformation dédié. Le coût de ce raccordement peut atteindre 50 000 à 150 000 € selon la distance au réseau HTA le plus proche, sur lesquels les aides Advenir ne s’appliquent pas.
Même pour les bornes DC de 50 kW, le raccordement nécessite une puissance souscrite élevée. Une borne DC de 50 kW en HTBT représente environ 70 kVA de puissance souscrite supplémentaire — l’équivalent de l’abonnement total d’une PME de taille moyenne. La consultation d’Enedis pour l’étude de raccordement est indispensable avant tout projet DC.
Le coût des équipements
Une borne DC de 50 kW coûte entre 15 000 et 30 000 € HT, contre 2 500 à 4 500 € pour une borne AC 22 kW. Une borne DC de 150 kW coûte 40 000 à 80 000 € HT. Ces prix s’entendent hors génie civil et raccordement électrique, qui peuvent doubler la facture sur les sites sans infrastructure existante.
La maintenance
Les bornes DC sont des équipements complexes avec des convertisseurs de puissance qui nécessitent une maintenance régulière et des compétences techniques spécialisées. Le coût annuel de maintenance d’une borne DC est 3 à 5 fois supérieur à celui d’une borne AC. Un contrat de maintenance avec un technicien certifié est indispensable pour garantir la disponibilité de l’équipement.
Stratégie mixte : AC pour le quotidien, DC pour les cas particuliers
La stratégie la plus adoptée par les grandes entreprises en 2026 est l’approche mixte : une majorité de bornes AC pour les besoins quotidiens des salariés et de la flotte, complétée par une ou deux bornes DC pour les situations qui le justifient.
Exemple type pour un site logistique de 80 véhicules :
- 60 bornes AC 7,4 kW pour les véhicules commerciaux légers (recharge de nuit ou longue durée)
- 10 bornes AC 22 kW pour les véhicules de direction et les visiteurs (recharge demi-journée)
- 4 bornes DC 50 kW pour les fourgons de livraison à haute rotation
Cette répartition optimise le budget d’investissement tout en couvrant tous les usages réels du site. Le coût de l’installation DC est justifié par les 4 bornes dédiées aux véhicules qui en ont réellement besoin, sans surcoût pour les 70 autres points de charge.
Comment décider pour votre situation
La grille de décision tient en trois questions :
- Quelle est la durée typique de stationnement de vos véhicules ? Plus de 4 heures → AC suffisant. Moins de 4 heures → étudier DC pour les véhicules les plus critiques.
- Vos véhicules acceptent-ils la recharge DC à haute puissance ? Vérifiez les fiches techniques de chaque modèle. Beaucoup de véhicules sont limités à 50 kW DC même si la borne peut délivrer 150 kW.
- Votre infrastructure électrique peut-elle absorber le raccordement DC ? Faites réaliser une étude de faisabilité par votre installateur certifié IRVE Qualifelec avant tout engagement.
Pour la plupart des entreprises avec des parkings de bureaux classiques, la réponse est : AC uniquement, en 7,4 kW ou 22 kW selon le profil des véhicules. Le DC ne se justifie que dans des cas d’usage spécifiques bien identifiés.
Consultez notre guide détaillé 7 kW vs 22 kW pour affiner votre décision sur la puissance AC optimale pour votre parking.
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